• Quelques heures plus tard, Chayma se réveilla, agacée par des sifflements longs et continus qui lui traversaient la tête. L'intensité des sifflements l'obligea à se réveiller complètement. Elle se mit assise, fermant ses bras sur ses genoux. Les sons aigus, désagréables, qui habitaient sa tête, résonnèrent un moment puis, petit à petit, diminuèrent. Ils firent place à des images fortes qui s'imposèrent à son esprit comme si elles choisissaient de venir à son secours. Chayma revit son départ de Loma sur les Hauts Plateaux. Elle refit son parcours mouvementé jusqu'aux heures récentes avec ses amis : Mihiran, Dounia, Bakary, Zéphirin, Lisa, Laszlo... et Douxyeux, cette jeune chienne, aux yeux si doux, qui lui avait sauvé la vie. Et aussi Maître Jacob, Zina, les enfants du clan des Fennecs, Chad... Chad l'avait trahie. C'était lui qui avait révélé à Fursy qu'elle était l'enfant qu'il cherchait. Comment avait-il fait pour comprendre ? Et à quel moment ?... Les derniers événements se bousculaient dans sa tête. Cependant, elle se souvenait précisément qu'elle avait trouvé l'entrée de la Porte d'Azoth, sous la station Mercure, aidée par Mihiran, Bakary et Douxyeux. Puis son chien était sorti du cachot, alerté par des hurlements et, peu après, avait lancé un cri plaintif. Elle était sortie à son tour et avait vu Douxyeux, allongée près de la voie. Droguée... Aussitôt, elle avait été droguée elle aussi, sans qu'elle puisse se défendre.

    Le chef des Coyotes l'avait piégée au moment où elle approchait de son but : trouver la Porte d'Azoth pour rencontrer le professeur Pavel. Corentin Pavel était un homme de science, ami de ses parents et c'était lui qui pourrait soigner son petit frère... Élie... Cet enfant rieur, aux cheveux et aux yeux noirs. Son petit frère adorable dont elle avait pris le nom, par affection, et parce qu'elle devait se faire passer pour un garçon. À part trois femmes Dounia Azabal, l'artiste talentueuse aux cheveux bleus, Zina, sa jeune servante, et Irina Kassoukhanova, son horrible grand-mère , personne dans Alzar ne connaissait sa véritable identité. Pour tous, elle était un jeune garçon de onze ans. Bientôt douze... Ce subterfuge nécessaire lui avait permis d'avancer dans ses recherches, de se débrouiller dans les Zones difficiles de la ville, avec les clans d'enfants des rues. Mais elle avait manqué de prudence : l'enfant sauvage venu des Hauts Plateaux, qui détenait une Chrysalide, était cherché par tous. Elle avait alors changé d'apparence et pris le nom de son autre petit frère, Mehdi, pour passer inaperçue. Cette ruse n'avait servi à rien. Fursy l'avait retrouvée...

    Sur son matelas miteux, isolée du reste du monde, Chayma se sentait mal. Son corps se mit à la tirailler de toutes parts : elle avait mal à la tête, elle avait faim et une brûlure étrange traversait sa main droite. Elle regarda la plaie boursouflée qui, depuis plusieurs jours, n'arrivait pas à guérir. Dounia lui avait donnée une boîte de pansements, ils l'avaient soulagée quelque peu. Où était cette boîte... ? Et sa sacoche, son blouson ? Elle les avait posés sur le sol du cachot quand, avec Mihiran et Bakary, ils avaient soulevé la dalle de la Porte d'Azoth. Le Livre des Pierres, ce livre puissant, confié par sa mère, était resté là-bas aussi, avec toutes les belles choses qui l'aidaient à avancer : une photo de famille, trois petites pierres colorées, une carte des Fameux Joueurs de Squizz... Elle se sentit vide, vidée d'un trésor qui la constituait. Pour ne pas sombrer dans le désespoir, elle récita trois psalmodies, doucement, prenant le temps d'apprécier chacun des mots. Ce petit rituel l'apaisa. Elle s'essuya les yeux avec l'écharpe et, peu après, elle s'endormit de nouveau.

    _ Mange !

    Sur sa couchette, Chayma perçut la voix autoritaire de son bourreau.

    _ Mange ! répéta Fursy. Il faut que tu manges.

    Le garçon la secoua avec son pied.

    _ J'ai à te parler.

    Chayma se redressa et regarda les victuailles que Fursy avait posées à côté du matelas : un sandwich, une pomme, une poignée de bonbons et une bouteille d'eau. Elle attrapa la bouteille et but d'un trait la moitié du contenu. Puis elle commença à dévorer le sandwich, se plaçant plus confortablement, le dos appuyé au mur.

    Fursy lui faisait face, installé dans le fauteuil qu'il avait retourné.

    _ Bien... Je suis content de voir que tu vas bien, fit-il du haut de sa suffisance.

    Chayma ne répondit pas. Elle ressentait un dégoût puissant à l'égard de ce garçon vicieux.

    _ Je ne sais pas d'où tu tiens ta Chrysalide et son cordon, mais ce sont des objets extraordinaires, à n'en pas douter. J'ai beaucoup réfléchi depuis que je t'ai quitté et j'en suis venu à la conclusion que tu devais être, tu dois être, un enfant de haute lignée... C'est évident ! Qui, par exemple, a reçu une Chrysalide à sa naissance ? Le fils du Commandeur ! Gaudéric Steiner, futur Commandeur. J'ai donc devant moi quelqu'un de ma condition, quelqu'un que je peux considérer comme mon égal... Si tu es Prince, je ne peux agir avec toi comme avec n'importe lequel de ces gamins pouilleux. Aussi, j'ai décidé de te proposer un arrangement... Crois bien qu'il me serait plus facile de régler le problème autrement pour profiter de ton joli petit caillou, mais..., étant donné les circonstances, un enfant de haute naissance..., je serai magnanime : je choisis de t'associer à mes projets ! Je ne sais pas si tu réalises l'honneur exceptionnel que je te fais... Aujourd'hui, tu es là, à moi, à ma portée, petit animal farouche des Hauts Plateaux, lointain cousin d'un pays noble, et je décrète que toi, Prince des Montagnes, tu seras mon petit frère. Qu'en dis-tu ?

    Fursy avait posé sa main droite sur son cœur et regardait sa victime avec la supériorité d'un roi qui accorde ses faveurs. Chayma n'avait presque rien compris à sa tirade.

    _ Je sais pas..., fit-elle simplement.

    _ Bon, je crois que tu n'as pas bien réalisé, continua Fursy avec condescendance. J'ai de grandes ambitions... Je veux retrouver la place qui me revient : au milieu des puissants, avec les privilèges, le faste et le luxe que j'ai connus quand j'étais plus jeune. Tu connaîtras ce faste, toi aussi. Parce que je te choisis... Ta Chrysalide va nous permettre d'y arriver. Ses pouvoirs... N'est-ce pas mieux que de tourner sans fin et sans espoir dans cette Zone d'Ombre, au milieu des petits vauriens et des chiens féroces ?

    _ Je... Je ne veux pas de ton truc de luxe ! répliqua Chayma qui ne pouvait cacher son aversion pour ce garçon.

    _ Décidément, tu es décourageant ! Tu ne comprends rien ! s'énerva Fursy. Je te propose d'être un partenaire privilégié, d'être mon frère de cœur... Je t'accorde une chance que je n'accorderais à personne d'autre ! Tu, tu... Si tu ne marches pas avec moi, je vais être obligé de prendre une décision radicale. Tragique...

    Malgré la peur qui ne la lâchait pas, Chayma retrouvait des forces. Elle ignora la voix sifflante et menaçante de Fursy car une chose ne cessait de l'intriguer.

    _ La Chrysalide... Comment veux-tu t'en servir ?

    _ J'ai une piste, répondit Fursy sur un ton évasif et suffisant.

    _ Tu peux me dire ?

    _ Il faut que tu mérites ma confiance. Dis-moi ce que je t'ai demandé : qui t'a donné cette pierre, qui sont tes parents, pourquoi es-tu ici ?...

    _ Si je réponds à tes questions, tu me dis comment elle... « marche » ?

    _ C'est à considérer. Dis toujours...

    Chayma perçut le ton fourbe et calculateur dans la voix de Fursy. Il essayait de la faire parler... Mais elle aussi voulait savoir. Depuis qu'elle était à Alzar, la Chrysalide lui avait considérablement compliqué la tâche et l'avait mise en danger. Bakary, ce jeune enfant à la peau noire, lui avait dit récemment : « La Chrysalide guérit toutes les maladies, même les plus étranges ! » Si c'était vrai, elle comprenait mieux pourquoi cette pierre était si convoitée. Peut-être portait-elle autour de son cou la solution pour guérir son petit frère. Mais comment ?... Apparemment, Fursy avait une réponse. Avec ruse, elle accepta de lui dire ce qu'il attendait, choisissant de lui révéler une partie de la vérité. Celle qui pourrait l'impressionner.

    _ Léon de Larocca est mon grand-père.

    Fursy accusa le coup, yeux écarquillés, bouche ouverte. Puis il sourit d'un air satisfait et stupide.

    _ Je le savais, je le savais ! Petit frère... Nous sommes du même monde. La Chrysalide te désigne comme un être supérieur. C'est évident !

    _ La Chrysalide ?...

    _ Petit-fils de Léon de Larocca... Excellent... EXCELLENT ! Je comprends tout maintenant. Je comprends tout ! Tu es comme moi...

    Le garçon se leva et alla s'asseoir à côté de Chayma. Il passa le bras autour de ses épaules et se mit à la regarder étrangement, follement. Face à son expression illuminée, Chayma devina qu'il brûlait de lui faire des confidences.

    _ Enfin, enfin !... Je ne m'étais pas trompé quand je t'ai vu la première fois. Je vais te dire, mon petit chérubin. Je vais te dire, cher petit-fils du professeur de Larocca... Voici un secret inouï : c'est l'Eau de l'Alcarazas qui donne pouvoir à la pierre.

    _ Quoi ?

    _ L'Eau de l'Alcarazas..., susurra Fursy le visage exalté et de plus en plus proche de celui de Chayma.

    _ Et... alors ?

    _ Alors..., avec l'Eau de l'Alcarazas, la pierre développe sa puissance. Elle accomplit toutes les promesses... Tu comprends, tous les deux, nous allons faire des choses magnifiques. Tous les deux !

    Chayma recula sa tête instinctivement pour échapper au regard fou de Fursy qui ne la lâchait pas. Il affichait un sourire enjôleur qui la rebuta. Il passa sa langue pointue sur ses lèvres, d'un air gourmand. L'étreinte du garçon était insupportable... Chayma se dégagea brusquement, se leva d'un bond et se mit à courir aussi vite qu'elle le put pour gagner la grille au fond du couloir.

    Fin Chapitre 1

     


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  •  Depuis qu'elle était à Alzar, Chayma avait compris qu'elle ne pouvait se fier qu'à de rares personnes. La ville présentait un univers contrasté où les pouvoirs s'exerçaient par secteurs, favorisant les privilèges de castes et méprisant les Zones pauvres. Les enfants des rues devaient se débrouiller en chapardant, trichant, et même en trahissant. Le garçon qui la toisait de son regard dominateur était un garçon cultivé, aux origines élevées. Pour quelle raison se trouvait-il au milieu d'un clan d'enfants, dans une situation rude et sans confort ? Elle ne le savait pas et ne voulait pas le savoir. Elle ne voulait pas, non plus, qu'il sache que son père s'appelait Sam de Larocca et qu'elle était la petite-fille du grand savant Léon de Larocca. Elle ne lui dirait rien de ses propres origines, rien sur sa Chrysalide qui lui avait été léguée par son grand-père. Fursy était un garçon dangereux dont elle était en train d'éprouver la méchanceté. Le chef Coyote l'observait, attendant encore une réponse.   

    _ Je ne sais rien, répéta-t-elle.    

    _ Je ne te crois pas ! cria Fursy.                                                            

    Il eut un geste rageur et, de nouveau, s'éloigna d'elle. Il s'enfonça dans l'espace sombre et elle le perdit de vue. Elle crut un instant qu'il l'abandonnait mais il revint, le visage apaisé.

    _ Ce n'est pas grave, fit-il avec un mouvement élégant du bras. Je serai grand Prince, je ne t'en veux pas de ne pas me parler. C'est juste un peu dommage... Je suis sûr, cher petit ange, mon cher Élie, que nous avons beaucoup de choses à partager. Mais tu es un enfant farouche... En fait, j'aime bien ça ! Tu n'es pas comme tous ces morveux qui n'ont aucune fierté. Qu'importe ! L'essentiel, c'est que tu sois là, avec ce magnifique petit caillou.

    Fursy attrapa la Chrysalide, avec une expression de délectation.

    _ Voilà... C'est ça... Enfin, à moi. À MOI !

    Il éclata de rire et se frappa la poitrine. Il jubilait. Son rire saccadé, exubérant et fou, dura plusieurs minutes. Puis il expliqua :

    _ Je vais couper le cordon qui retient ta jolie pierre et je la garderai, pour moi... Et toi, puisque tu ne veux pas me parler, je te laisserai ici. Tu te débrouilleras... Si tu peux !

    Il se mit encore à rire, d'un rire fort, irrésistible.

    Chayma sentit la sueur couler dans son dos. Elle était perdue ! Elle savait que le cordon qui retenait sa Chrysalide ne pouvait s'ouvrir, ni être coupé. Aucun objet, aussi tranchant fût-il, n'arrivait à entailler ce lien extraordinaire.

    Fursy attrapa un petit sac à dos et en sortit une paire de cisailles aux lames recourbées. Accrochant la lumière de la lampe frontale, le métal envoya un flash d'une blancheur éclatante. Le garçon brandit l'objet comme un trophée. Chayma remarqua alors qu'il avait gardé son bracelet bleu, le bracelet de contrôle des personnes.

    _ Tu vois, cet objet est l'outil le plus tranchant qui existe, fit-il avec exaltation. Et je vais te le prouver tout de suite !

    Il prit la main droite de Chayma, celle qui était menottée, et coupa d'une seule pression la chaîne épaisse avec une facilité déconcertante. Soulagée, Chayma remua son bras et passa sa main gauche sur son poignet pour faire glisser l'anneau d'acier qui s'était incrusté dans sa peau.

    _ Étonnant ? s'amusa Fursy en pointant son arme contre le cou de Chayma, de sorte qu'elle ne puisse pas lui échapper. Ces cisailles coupent tout, vraiment tout ! Rien ne leur résiste.

    Chayma espéra follement qu'il disait vrai.

    _ Bien... Maintenant, le cordon.

    Fursy attrapa la lanière qui entourait le cou menu de sa victime et mania les cisailles. Chayma observait le garçon dont le visage manifesta aussitôt une incompréhension profonde... Il essaya de nouveau... Il se mit à forcer, prenant à deux mains son outil redoutable. Il ne se passait toujours rien. La respiration forte et la sueur au front, Fursy insista, cherchant sur la longueur du cordon une zone fragile, susceptible de céder aux lames affutées.

    Dépité, il finit par jeter les cisailles dans un mouvement de rage.

    _ C'est... C'est quoi ce cordon ?

    « Linoflex », pensa Chayma, une matière incroyable, inventée par son grand-père, et qu'on ne pouvait détruire.

    _ On ne peut pas le couper, fit-elle d'une voix minuscule.

    _ Quoi ? On ne peut pas couper ce cordon ?

    _ On ne peut pas.

    _ Mais c'est idiot. Idiot ! Tu entends ?

    _ C'est pas ma faute. Je l'ai toujours eu comme ça.

    Fursy poussa un cri de colère qui ricocha longuement contre les parois sombres de l'espace. Il fit des allées et venues, marchant d'un pas nerveux. Il regarda Chayma, le visage chargé de haine. Puis il ramassa les cisailles et son sac à dos, et partit précipitamment, disparaissant dans le noir.

    Chayma entendit le grincement d'une grille qu'on déplaçait.

    Elle attendit quelques instants, figée dans le fauteuil, essayant de comprendre ce qui venait de lui arriver. Elle était seule, l'esprit embrumé par la drogue qu'elle avait respirée quelques heures plus tôt. Un goût de sang dans la bouche. Des larmes roulèrent sur ses joues. Tout était si difficile depuis qu'elle était dans cette cité. Elle ne savait plus... Tout venait de s'effondrer.

    Chayma finit par bouger, posant ses pieds nus sur un sol irrégulier et poussiéreux. Elle attrapa l'écharpe, posée sur le dossier du fauteuil, que son ami Mihiran lui avait offerte. Elle l'enroula délicatement autour de son cou, trouvant un léger réconfort à porter ce tissu écru qui cachait et protégeait sa Chrysalide... Habituée à l'obscurité, elle se repéra facilement dans l'espace qui ressemblait à un long couloir, fermé par un mur derrière elle. Elle fit le tour du fauteuil, lentement. Contre le mur du fond, il y avait un matelas étroit avec une couverture. Elle regarda à peine cet objet peu attirant et décida d'aller plus loin dans son inspection. Elle attrapa le flambeau et avança d'une centaine de pas sous une voûte basse et étroite. Au bout du couloir, une haute grille barrait intégralement le passage. Un cadenas bloquait la porte aménagée dans la grille. « Cisailles... Si Fursy n'avait pas repris les cisailles, j'aurais pu m'échapper », pensa-t-elle. Elle secoua la porte dans l'espoir vain qu'elle puisse s'ouvrir, mais n'insista pas car il était impossible de la faire bouger.

    Elle revint vers ce qui était désormais son lieu de vie. Elle s'assit dans le fauteuil, placé au centre de l'espace, tel un trône, et essaya de réfléchir. Mais elle était incapable de mettre de l'ordre à ses idées. Tout était confus. Douloureux. Elle imagina seulement qu'elle essaierait de s'échapper dès que Fursy reviendrait. Elle se leva de nouveau, machinalement, et remarqua une petite trappe ronde en bois, au sol. Elle l'ouvrit : une odeur pestilentielle se dégagea du tuyau noir qui s'enfonçait dans la terre. Malgré l'odeur infecte, elle eut la curiosité de mieux voir ce boyau et l'éclaira avec la torche. De faible longueur, le conduit donnait sur une canalisation où passaient les eaux usées de la ville. Ce trou, au diamètre étroit, ne lui était d'aucune aide. Impossible de s'enfuir par cette ouverture. À défaut, elle lui servirait de latrines. Elle se sentit définitivement prisonnière.

    Désespérée, elle s'effondra sur le matelas et s'endormit.

     


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  •                                   1   Prisonnière            Tome 3 Premières lignes #1

     

     Sur le haut fauteuil inconfortable, Chayma tremblait de tout son corps. Le garçon, aux cheveux noirs plaqués sur la tête, faisait rouler entre ses doigts agiles la pierre qu'elle portait autour du cou, traversée par un cordon lisse, relativement court. Cette pierre ne quittait pas Chayma, simplement parce qu'elle ne pouvait pas lui être retirée.

    _ Elle est très belle, fit le garçon. Très belle... Comme un petit bout de cosmos...

    La main droite menottée au bras du fauteuil, Chayma était prisonnière. Elle fixait celui qui la retenait dans un espace sans nom, quelque part dans la Zone d'Ombre. Fursy semblait fasciné par la petite pierre ronde, bleu Nuix, qui laissa échapper plusieurs éclats dorés. Il plissait ses yeux malins, maquillés d'un large trait noir, scrutant de son regard calculateur ce minéral tant convoité. Il ajusta une lampe frontale sur sa tête et éclaira vivement la pierre, éblouissant Chayma au passage. Il haussa les sourcils.

    _ Chrysalide..., lâcha-t-il d'une voix sourde. J'en ai déjà vu une... il y a longtemps. Une vraie Chrysalide... pas d'ombre portée...

    Puis il éclata de rire. Il se redressa, ouvrit les bras en signe de victoire, libérant une joie malsaine et inquiétante. Il désigna Chayma du doigt. Elle paraissait toute petite, assise dans le siège imposant.

    _ Je t'ai eu ! Je t'ai eu !... Tu vois, Élie, j'arrive toujours à mes fins. Moi, Fursy, Prince du Peuple de l'Ombre, je suis le plus fort. Je suis le plus fort ! Ils vont tous me suivre, ceux de mon clan, les Coyotes, et ceux des autres clans qui ont compris qu'avec moi ils pouvaient aller loin. Ils sont nombreux à se rallier au combat du Peuple de l'Ombre... Oui..., et moi, MOI ! aujourd'hui, je vais décupler mes forces grâce cette splendeur : ta Chrysalide.

    Fursy regardait Chayma de son air supérieur, un sourire de satisfaction sur ses lèvres fines.

    _ Cette pierre a des pouvoirs... Je le sais... Mon père m'en a parlé un jour, avant que... Qui t'a donné cette pierre ?

    Chayma ne répondit pas. Elle était incapable de parler, incapable de quoi que ce soit. Elle ne voulait pas raconter son histoire à ce garçon ambitieux et sans scrupules.

    _ Réponds ! insista-t-il d'une voix dure.

    Chayma se recroquevilla au fond du fauteuil. Fursy s'approcha d'elle, le visage contrarié. Il resta ainsi, figé, quelques secondes, puis, d'un geste vif, lui asséna une forte claque en pleine figure. Chayma reçut le coup sans crier, ses yeux noirs rivés sur son bourreau. Elle sentit du sang couler de son nez et elle avala une goutte quand il fut sur sa bouche.

    _ Qui t'a donné cette pierre ? répéta Fursy avec colère.

    Dans un élan de révolte, Chayma cracha vers le garçon un peu de salive mêlée de sang. Fursy lui donna une deuxième gifle, violente, et elle sentit que sa lèvre inférieure venait de se déchirer contre ses dents. Le goût de son sang dans la bouche, étrangement, la rassura.

    Le bras levé, le garçon était prêt à la frapper une nouvelle fois. Il se ravisa subitement et s'éloigna d'elle. Il se mit à faire des allées et venues dans l'espace que seul un flambeau, posé dans une encoche du mur, éclairait faiblement. Parlant à voix basse, les bras agités de mouvements rapides, il semblait pris dans un tourment profond. « … pas grave, pas grave... Je saurai un jour... Il me dira... L'essentiel c'est que... Ah, ah... arrivé. J'y suis arrivé ! »

    _ OK, OK ! Tu ne veux rien dire. Normal... Tu es Prince des Montagnes... Je ferais pareil à ta place. Après tout, nous sommes comme des frères, n'est-ce pas ? Toi, Prince des Montagnes, et moi Prince du Peuple de l'Ombre... Car tu es bien né, j'en suis sûr. Cela, tu peux au moins me le dire... Qui est ton père ?

    Fursy avait adouci son regard et attendait la réponse de Chayma. Elle se contenta de froncer un peu plus les sourcils.

    _ Il faut que tu me dises, il faut que tu me parles, insista Fursy la voix doucereuse. Tu n'es pas un enfant banal, tu portes une Chrysalide... Et je dois savoir d'où elle vient. Je dois savoir... Tu sais, tu peux être mon ami. Ensemble, nous pouvons faire de grandes choses. Dis-moi d'où vient cette pierre. C'est important : je dois savoir.

    Une fois de plus, Chayma se garda de parler, tétanisée par la peur. Elle se trouvait dans un cauchemar, alors que quelques heures auparavant tout semblait facile, entourée de ses amis, Mihiran et Bakary, prêts à l'aider, à la suivre... Tout d'un coup, tout s'était effondré. L'espoir de sauver Élie, son petit frère, s'était brutalement éloigné. Elle n'avait pour seul repère que cet espace fermé, perdu, empli d'une ombre épaisse et désespérante.

    _ Je sais que cette pierre a des pouvoirs, reprit Fursy. De grands pouvoirs... Un jour, mon père m'a dit que celui qui détenait une Chrysalide pouvait nourrir les ambitions les plus hautes car la pierre est capable de libérer une énergie fabuleuse. Mon père était un homme important, vois-tu ? Il était ami avec le Commandeur et, ce jour-là, il nous avait montré, à ma mère et à moi, la Chrysalide qui appartenait au fils du Commandeur. Cet adolescent, stupide et maladroit, ne cessait de perdre ses affaires et il pleurnichait parce qu'il avait perdu sa pierre. « Sa jolie pierre » d'enfant gâté... Mon père a retrouvé la bague sur laquelle elle était fixée. L'autre nigaud de Gaudéric pouvait encore ôter cet anneau de son doigt... C'était un cadeau du grand savant, Léon de Larocca. Quand j'ai vu la Chrysalide, j'avais huit ans, les paillettes dorées se sont mises à palpiter comme un petit cœur vivant..., je me suis juré, qu'un jour, je possèderai, moi aussi, ce caillou magnifique. Et puis...

    Un rictus douloureux traversa le visage mobile du garçon. Il poussa un cri suraigu. Après quelques secondes, où il sembla terrassé par une douleur profonde, il retrouva son regard arrogant. Puis il proféra d'une voix puissante :

    _ Ce jour est arrivé ! Je possède cette fameuse pierre. Plus tôt, plus vite que je n'avais prévu ! Je vais pouvoir faire de grandes choses... Heureusement que ces imbéciles, le Commandeur et son fils, ne savent pas comment utiliser ses pouvoirs.

    Pour la première fois depuis qu'elle était prisonnière, Chayma prêta attention aux propos de Fursy.

    _ Tu... Tu sais comment te servir de la Chrysalide ? demanda-t-elle d'une voix blanche.

    _ Ça se peut...

    Le garçon paraissait très heureux de son effet.

    _ Tu vois, si tu me dis ce que tu sais, si tu me parles, on pourra aller loin. Tous les deux... Tu sais, je ne te veux pas de mal. Dis-moi ce que tu sais. Qui t'a donné cette pierre ?

    Chayma serra les dents. Elle ne dirait rien. Elle défia le garçon de son regard intense. Une troisième gifle vint claquer méchamment sur son visage, amplifiant la douleur au nez et à la bouche. Elle ne put retenir quelques larmes alors que le sang recommençait à couler.

    _ Tu l'as cherché ! hurla le garçon. Tu dois me parler, tu dois me dire...

    Dans le brouillard de ses larmes, Chayma osa un minuscule « pourquoi ? »

    _ Pourquoi ? Tu me demandes pourquoi ? Parce que je veux savoir, c'est tout. Parce que ça fait des années que je m'intéresse à cette pierre. Je sais... je sais que plusieurs Chrysalides ont été formées à partir d'un bloc brut. Je sais que le professeur de Larocca a su révéler la force contenue dans ce bloc... Alors tu dois me dire d'où viens ta Chrysalide. Tu es un enfant. Donc, on t'en a fait cadeau. Donc, ta famille ou des amis de ta famille ont des relations proches avec le savant, de Larocca. Toi, tu viens des montagnes, tu viens des Hauts Plateaux... Je veux comprendre. Voilà pourquoi.

    _ Je ne sais rien, mentit Chayma.


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  • La saga Pierre Obscure sera présente au prochain festival des Futuriales, à Aulnay-sous-Bois, le 14 juin. Youpi !happy

    Ça correspondra avec la sortie de tome 3 : L'Eau de l'Alcarazas Re-youpi !happyhappy

    Pour tout savoir sur ce festival c'est ici : Futuriales 2014

     

    Futuriales 2014

     


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  • Les Voeux de Chayma


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  • Et une dédicace ! Où ça ? à l'Espace Culturel Leclerc de Sébazac, samedi 21 décembre, de 14 à 18H !

     

    Dédicace du 21.XII


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  • Sur le site Place to be, Thandie a écrit ceci à propos du 2° tome :

    "Emma Sha nous plonge dès les premières pages dans un monde étrange, mystérieux et pourtant sur bien des points, similaire à notre société. Elle nous propose d'accompagner Chayma dans une quête pour sauver son petit frère. La jeune fille va apprendre à se dépasser, à faire preuve de courage (...) Sa relation avec son chien est forte et Douxyeux fait preuve d'une intelligence supérieure et même d'humour. (...) Dans ce tome, nous assistons à un championnat où les plus jeunes font face à la cruauté de certains d'entre aux, liée à leur mode de vie bien sombre dans les sous-terrains.

    L'univers décrit est travaillé, avec des éléments de science-fiction particulièrement élaborés mêlés à du mystique. (...) J'apprécie beaucoup au final cette dystopie qui soulève des questions simples sur le comportement humain et les dérives de certaines pensées extrémistes, comme la surveillance accrue et la punition à distance via le symbolique bracelet pour maintenir la paix. Sur bien des points, Pierre Obscure rappelle des œuvres de jeunesse telles qu'Hunger Games mais en moins déprimant, si vous voyez ce que je veux dire.

    Au final, Pierre Obscure est un roman aux personnages charismatiques et à l'intrigue bien rodée et efficace. La lecture se fait fluide et agréable, et très vite la dernière page se tourne avec un cliffhanger palpitant ! Vivement la suite..."

    Merci Thandie !


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  • Ma journée à Montreuil a été riche en rencontres et discussions. J'ai retrouvé monsieur Féranec, documentaliste au collège Claude Monet de Magny en Vexin, et son équipe de Croq'Lecture. Allez voir son blog : un journal vidéo où les collégiens parlent de leurs lectures. C'est très chouette ! Voir dans la rubrique Liens.

    Et voici les photos souvenirs :

    _ mes pieds lors d'une pause

    _ les pieds des autres qui étaient vraiment très, très nombreux

    _ avec Pauline Bock, jeune auteur de 21 ans qui a écrit Les Lumières de Haven, édité chez Scrineo

    Montreuil   Montreuil

    Montreuil   Montreuil


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  • Le livre a été sélectionné pour le Grand Prix des Lecteurs du Journal de Mickey 2013, avec 7 autres romans jeunesse. La remise des prix a eu lieu à la FNAC des Ternes à Paris.

    Voici 2 photos de cette journée mémorable :

    avec mon ami Hippolyte et avec Timothée de Fombelle, président du jury, auteur de Tobie Lolness, Vango...

    Pierre Obscure et Mickey   Pierre Obscure et Mickey

     


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  • Quelques dates en perspective :

    _ samedi 9 novembre, de 14 à 18h : je serai à la librairie Point Virgule à Aurillac. Les libraires de Point Virgule assurent, elles ont adoré le livre ! Merci Sandrine et Adèle J'ai été très bien reçue... 

    _ mardi 12 novembre, vers 12h : interview avec Radio Temps Rodez

    _ samedi 30 novembre et dimanche 1° décembre : salon du livre jeunesse de Montreuil  (une grande première, waouh !!!) Ma dédicace se fera samedi de 16 à 18h au stand de Scrineo, 1er étage D41 


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